Le Moyen Age
Auteur : Histoweb
La
notion de Moyen Age est née dans la première moitié du XIXème siècle, avec la
division en périodes historiques (Antiquité, Moyen Age, Histoire moderne). On
distingue en son sein le haut Moyen Age (Ve-Xe siècle), le Moyen Age classique(XIe-XIIIe
siècle) et le Bas Moyen Age (XIVe-XVe siècle).
I-Le Haut Moyen Age occidental
Le christianisme se diffuse en Europe occidentale au IVème siècle, avec notamment
Saint-Martin (mort en 397). En 313 l''édit de tolérance de Milan de l'empereur
Constantin autorise les Chrétiens à pratiquer leur culte. En 392, le christianisme
devient religion d'Etat de l'Empire romain.
A partir de 395, l'Empire est définitivement divisé. A la mort de Théodose, une
frontière dans les Balkans partage l'Empire romain d'Orient (constantinople) et
l'Empire romain d'Occident (Rome).
L'empire se caractérise alors par des hiérarchies sociales rigides et la pesanteur
de l'Etat, et en particulier des impôts.
L'Empire est déjà pénétré par les Barbares. Avant, ces derniers constituaient
déjà l'armée ou des troupes auxiliaires. Les relations entre les deux mondes restent
un certain temps pacifiques.
A-L'émergence des "royaumes barbares" (400-550)
1-Les invasions barbares
Les ébranlements partent de l'Asie centrale : mouvements des Huns, puis de l'ensemble
des peuples germains basés en Europe centrale et orientale (Pologne, Ukraine).
Ils vont avancer vers le sud-ouest. Vers 375, l'invasion des Huns balaye les Wisigoths
des Balkans. En 410, le Wisigoth Alaric prend Rome et la met à sac. Les Wisigoths
finissent par se fixer en Aquitaine en 418, en tant que fédérés. Ils forment ainsi
le premier royaume barbare à l'intérieur de l'empire.
Les invasions viennent aussi du nord-nord-est. Le 31 décembre 406, les hordes
barbares (Alamans, Vandales et Suèves) traversent le Rhin gelé et envahissent
la Gaule, puis la traversent. Les Alamans occupent l'Alsace et le Palatinat, les
Suèves s'établissent en Espagne, les Vandales en Afrique du Nord. Après cette
grande vague, c'est l'arrivée de peuples moins importants (Burgondes, Francs).
Si ces invasions apportent leur lot de destructions, il convient de ne pas les
mythifier ; les romains sont bien plus nombreux : les barbares représentent alors
environ 5 % de la population de l'Empire romain d'Occident.
Les barbares comprennent des païens (les Francs par exemple) et des ariens, chrétiens
qui suivent une hérésie chrétienne (Arius). Ce courant considère que le Christ
est un homme, et non un dieu, à la différence de la doctrine officielle (Concile
de Nicée-325), pour laquelle il est à la fois homme et dieu. Les ariens (Ulfila)
ont converti les barbares. En règle générale, ça ne pose pas de problème car les
barbares, à l'exception des Vandales, sont assez tolérants. Cette opposition religieuse
reste cependant un obstacle à la fusion des peuples.
L'arrivée des barbares n'empêche pas la survie de l'Empire romain, mais son autorité
est réduite. La dernière tentative pour la restaurer est menée par le général
Aetius, qui cherche à refouler les barbares, mais qui doit faire face aux Huns.
Il demande l'aide des royaumes barbares et forme une armée composée de barbares.
Aetius est assassiné par l'empereur Valentinien III en 454. En 455, Rome est pillée
par Genséric et ses Vandales. En 476, le dernier empereur, Romulus Augustule,
est déposé par Odoacre (roi de la tribu germanique des Hérules). En 488, Théodoric
chasse Odoacre ; l'Italie devient alors un royaume barbare, celui des Ostrogoths,
qui sont ariens.
2-L'établissement des royaumes barbares en Occident
Dans les îles britanniques, la rupture avec l'empire romain est nette. En 410,
la Bretagne est abandonnée par les troupes romaines. Elle fait appel à des germains
pour se défendre des Pictes (Ecosse) et Scots (Irlande) : c'est l'arrivée des
Angles, Jutes et Saxons, qui en définitive s'établissent dans tout l'Est de la
Bretagne, refoulent les Bretons vers l'ouest. Certains commencent à migrer en
Armorique et d'autres vers l'Irlande, car celle-ci se convertit au christianisme
(Saint-Patrick). Toutes traces de romanité et de christianisme disparaissent de
la Bretagne.
En Europe méridionale, les Wisigoths, à partir de l'Aquitaine, s'étendent vers
l'Espagn? (468) et le sud-est de la Gaule (477-Provence). Cet empire a pour roi
Euric. Les Ostrogoths de Théodoric se sont arrêtés en Italie. Ils s'étendent vers
la Provence. En 526, ils forment le principal royaume d'occident, mais à partir
de 546, l'empereur Justinien reconquiert l'Italie, l'Afrique du nord et le sud
de l'Espagne.
Les Francs saliens, établis dans la région des bouches du Rhin, vont s'étendre
à partir de leur territoire initial. En 481, Clovis devient roi.. Il règne sur
un peuple païen en expansion. Il contrôle tout le nord de la Gaule et mène des
opérations vers l'est. Il entre en contact avec les Wisigoths, mais se heurte
au problème religieux. Il cherche à se ménager les évêques (aristocrates d'origine
romaine). Vers 498 a lieu à Reims la conversion de Clovis, qui entraîne un prestige
énorme. C'est un grand atout dans sa lutte contre les royaumes ariens. En 507,
après la bataille de Vouillé, l'Aquitaine tombe sous la domination des Francs.
Les Wisigoths sont refoulés en Espagne et gardent la Septimanie (côte languedocienne).
Clovis choisit comme une des capitales la ville de Lutèce (Paris). Il meurt en
511.
La société en place n'est pas massivement bouleversée par l'arrivée des barbares
(effectifs peu importants, avancée des germains). Le latin recule. Les bouleversements
sont locaux. Chaque société garde sa propre personnalité. On ne relève pas de
la même loi si on est wisigoth ou gallo-romain… : c'est la " personnalité des
lois ". Aux Ve et Ve siècles, les droits germaniques sont écrits : par exemple,
les wisigoths sont jugés en vertu du code d'Euric, les romains du bréviaire d'Alaric.
On notera l'importance des évêques qui assurent la continuité avec l'héritage
romain. Les villes sont les foyers spirituels, notamment celles qui possèdent
des reliques (corps ou parties du corps d'un saint) : par exemple le tombeau de
Saint-Martin à Tours qui a des capacités thaumaturgiques.
B-Crise et mutation des royaumes barbares (VIe-VIIIe s.)
1-Les royaumes en crise
Les Wisigoths éliminent le petit royaume Suève de confession catholique. En 589,
leur roi Reccared se convertit au catholicisme (concile de Tolède). Les Wisigoths
s'appuient sur les catholiques du sud-est pour récupérer les possessions byzantines.
Ils connaissent au V Ìe s. une grave crise interne. C'est le retour régulier de
guerres civiles ntre différents partis aristocratiques, avec pour but l'accession
au trône. Une législation anti-judaïque rigoureuse est mise en place alors que
les Juifs tiennent une part importante du commerce. En 711, une petite troupe
musulmane (Berbères d'Afrique du nord), conduite par Tarik, débarque. Le royaume
wisigoth s'effondre en quelques années. L'Espagne est contrôlée par les musulmans.
En 722, une insurrection chrétienne dans le nord-ouest débouche sur l'établissement
de petites principautés chrétiennes (Asturies, une partie de la Galice). C'est
le premier échec des musulmans. Dans cette Espagne musulmane se développe une
brillante civilisation à la fois musulmane, juive et chrétienne.
L'Italie, reconquise par Justinien, est frappée par une nouvelle vague d'invasion
: les Lombards, qui viennent de Pannonie (Hongrie), d'où ils ont été chassés par
des orientaux, les Avars. De 468 à 472, ils prennent tout le nord de l'Italie
et quelques principautés. Les Lombards sont des ariens. C'est une situation délicate
pour le pape qui va jouer le temps. Progressivement , ils se convertissent au
catholicisme, mais une rivalité politique entre eux et le pape demeure. A la fin
du Vie s., les Lombards expulsent les propriétaires des grands domaines et prennent
leur place.
2-Des mérovingiens aux carolingiens
La dynastie tient son nom du grand-père de Clovis, Mérovée. A la mort de Clovis,
en 511, le royaume franc, propriété privée, est partagée entre ses fils. Il n'en
demeure pas moins unique (Regnum Francorum). Son expansion s'est faite vers la
Burgondie et la Provence, régions fortement romanisées, d'où l'influence certaine
de la romanité sur les espaces francs. L'Armorique, les Pyrénées ocidentales (Vascons),
la Septimanie (Wisigoths) et les bouches du Rhin (Frisons) échappent aux Francs.
De 558 à 561, leur royaume est réunifié avec Clothaire. C'est le début d'une véritable
période de guerre civile chronique (environ 50 ans), marquée par les " faides"
royales (vendettas ; obligation de vengeance). Il en résulte l'émergence d'espaces
politiques stables, moins étendu au sein du Regnum francorum (Burgondie, Neustrie
(entre Loire et Somme, Austrasie (nord-est de la Somme)). Une très grave crise
démographique et économique secoue le royaume. C'est le temps du grand retour
de la peste (VIe-VIIIe s.). De 573 à 590, la Touraine a été pillée 10 fois.
A la mort de Clotaire à Compiègne en 561, le royaume est partagé entre ses quatre
fils : Caribert, Gontran, Siegebert et Chilpéric. De 613 à 639, l'unité est retrouvée.
Le royaume mérovingien connaît son apogée sous le règne de Dagobert (629-639),
aidé de Saint-Eloi. Dagobert accorde des faveurs particulières au sanctuaire de
Saint-Denis : développement d'une foire à côté de la basilique ; les clercs percevront
les tonlieux (droits de douane). Après Dagobert, les rivalités recommencent, en
particulier entre la Neustrie et l'Austrasie. Chaque royaume a son administration
commandée par le maire du palais, véritable détenteur du pouvoir. C'est le temps
des " rois fainéants ". Une famille émerge en Austrasie, aux environs de Liège,
les Pipinnides, dans le dernier tiers du VIIe s., avec Pépin de Herstal, maire
du Palais. A la bataille de Tertry (687), les Austrasiens l'emportent sur les
Neustriens. Pépin est dès lors maire du Palais d'Austrasie et de Neustrie. Il
meurt en 714. Son fils batard, Charles Martel, lui succède. En 732, c'est la victoire
de Poitiers sur les musulmans. En 737, Charles se permet de laisser le trône vacant.
Il meurt en 741. Ses fils lui succèdent, se partagent la mairie du Palais et rétablissent
les Mérovingiens : Carloman devient maire du palais d'Austrasie, et Pépin maire
de celui de Neustrie. En 747, Carloman (frère de Pépin le Bref) choisit la vie
monastique, et céde la mairie d'Austrasie à son frère cadet. Pépin devient alors
le dirigeant effectif de tout le royaume franc.
3-Economie et société
De plus en plus, la société barbare devient chrétienne. Le message se répand des
villes vers les campagnes et des romains vers les barbares. C'est l'apparition
des paroisses, l'essor d'une culture et d'une littérature chrétiennes (hagiographie
: récit des miracles des saints). C'est aussi le temps du développement du monachisme
: érémitisme (vie austère dans la solitude), cénobitisme (vie en communauté).
L'érémitisme est l'idéal de Saint Martin, de Saint Patrick. Le cénobitisme suppose
la mise au point d'une règle de vie : la règle de Saint Benoît de Nursie (VIe
s.), à l'abbaye du Mont-Cassin, est à l'origine de l'ordre des Bénédictins. Le
monachisme se diffuse au VIIe s. Le temps du moine s'organise entre prière (liturgie),
travail intellectuel et travail manuel. Les mouvements missionnaires ont deux
foyers principaux : la Papauté, avec Grégoire le Grand, premier pape moine ; l'Irlande.
Ils prennent deux grandes directions : le nord de la Gaule et de la Belgique,
la région du Rhin ; la Grande-Bretagne (Canterbury - Grégoire le Grand, en 596,
demande à Augustin, moine bénédictin d'évangéliser l'Angleterre et surtout le
royaume de Kent. En 610 Augustin devient archevêque de Canterbury et organise
toute l'Eglise anglaise.) Pour les moines irlandais, cette mission est une pénitence.
Développement des liens de clientèle :
la sécurité des populations est assurée de plus en plus par les aristocraties locales, laïques ou ecclésiastiques : existence du patronat (Rome classique). Elles s'organisent autour d'un groupe de guerriers avec un chef puissant : " vassus " : guerrier mérovingien, jeune, vigoureux, par opposition au vieux chef, le " senior " ; protection, fidélités, solidarités. Lors de la recommandation, le " vassus " reconnaît une fidélité envers le " senior ", qui soit le nourrit soit lui permet de jouir du revenu d'une terre.
Le poids de la terre est de plus en plus important dans l'économie :
-" villa " : grand domaine tenu par un propriétaire terrien
-la manse : unité d'exploitation familiale.
Le cadre méditerranéen joue un rôle important jusqu'à la fin du Vie siècle (utilisation
de la monnaie de l'empereur d'orient, en or). Puis, on assiste à une lente réorientation
vers les rives de la mer du Nord et de la manche ; c'est le déclin des régions
méditerranéennes et le développement d'un nouveau cœur économique, surtout entre
Loire et Rhin : essor à partir de 650 d'une monnaie frisonne d'argent. Pour la
masse de la population, c'est une période de survie : pestes, famines, malnutrition.
C'est une époque de régression urbaine, avec parfois même la disparition
de villes. L'habitat rural se caractérise par des villages de huttes. Un important
commerce d'esclave subsiste.
C-De l'Empire à l'Empire (750-1060)
1-Le retour à l'Empire
Pépin le Bref a rétabli un roi mérovingien, mais, en 750, il demande au pape,
Zacharie, qui doit être roi, "celui qui a le pouvoir ou celui qui ne l'a pas"?.
En 751, il se fait élire roi par les grands du royaume. Pour la première fois
des évêques ont oint le roi, qui est ainsi l'élu du peuple et de Dieu. En 754,
Pépin se fait sacrer par le pape. Les tensions étant alors très fortes entre le
pape et les Lombards, le pape recherche le soutien des Francs. Pépin lance des
expéditions en Italie et donne un territoire au pape ; c'est la naissance des
Etats pontificaux. Pépin réunifie la Gaule : reconquête de l'Aquitaine et conquête
de la Septimanie. Le royaume franc est le seul héritier des royaumes barbares.
Pépin meurt en 768 ; le royaume est partagé entre Charles et Carloman, qui meurt
3 ans après. Charles est un roi guerrier qui mène "razzias" saisonnières et guerre
franche (lutte contre les païens et infidèles) dans toutes les directions :
- Germanie du nord (Saxons) et Germanie du sud (Bavarois) sont englobées dans le royaume de Charles
- mainmise sur le royaume lombard : en 774, il détrône le souverain et prend sa
place. Il contrôle ainsi toute l'Italie du nord
- expédition en Espagne contre les musulmans, dirigée par Roland (défilé de Roncevaux,
778). Au nord de la Catalogne, dans la marche d'espagne, région de frontière,
se développe un petit royaume chrétien des Asturies. Vers 800, on y découvre le
tombeau de l'apôtre Saint Jacques à Compostelle. C'est le début de la reconquête
chrétienne
- expéditions contre les païens slaves (création de la ville d'Hambourg, en 804) et contre les Avars.
Les succès de Charles sont incontestables. Le pape lui donne le titre de "Carolus Magnus" ; pour lui l'empire doit être chrétien mais aussi romain, ce qui mécontente Charlemagne. Pour Charles, il y a distinction entre les deux pouvoirs. Pour le pape, dignités pontificale et impériale relèvent du patrimoine de saint Pierre. Le Pape fait l'empereur, le pouvoir du pape est donc supérieur.

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jour le 11-11-2006